PHOTOGRAPHIES 2017 - FULL VISION / TEXTE PH. GUENIN
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Full Vision : visions saturées – séries d’éclats – métamorphoses rétiniennes…
Full Vision
serait l'inscription sur notre étendard.
Ici la pratique photographique est orientée par une approche à la fois poétique, critique et burlesque des représentations du monde contemporain. Dès lors, photographier devient comme une traversée des apparences où les photos expriment une atmosphère onirique aiguë qui s’éloigne des images stéréotypées habituelles et rassurantes.  Dans cet univers photographique, tout ce qui apparaît régulièrement (les personnages humains, les poupées, les animaux inanimés et les objets hétéroclites) semble étrange, énigmatique, extravagant voire obscène comme peuvent l’être, nuit après nuit, les images de nos rêves. Les photos  hors normes de cette Full Vision n’ont pas à être fixées et déterminées telles des allégories possédant un sens univoque. Elles tentent avant tout de proposer des invitations aux voyages obliques où les regards peuvent aller se perdre…


PHOTOGRAPHIES 2013 - SERIE : LES NOUVELLES CREATURES DE LA NATURE 2013 /  EXTRAIT DU CATALOGUE  ESPACE CULTUREL CONDORCET - TEXTE DE KARINE MAIRE
Philippe Guénin réinvente le mariage du lièvre et de la tortue grâce à la technique du cut-up.
Monde idyllique et merveilleux habité de gens heureux, aimants et modèles en tout genre.
Les éléments que constituent ces photographies laissent à penser qu'elles sont destinées aux enfants. Or, se dissimule une analyse critique de notre société: de croyances en stéréotypes, il se positionne en ethnographe. Un jeune loup dort auprès d'une poupée noire aux traits occidentaux, un joli bol de sushis hybrides se laisse à moitié dévorer et un couple princier, figé dans une bille se jure fidélité.
L'artiste offre aux yeux du public des images kitch et chocs à l'apparence fantasmagorique.




PEINTURES 2012 SERIE : COSMOGRAPHIES NEGATIVES / TEXTE D'YVON BIRSTER (extrait)
Il y a dans les métamorphoses colorées de Guénin toute la puissance d'une théologie négative en acte. Il crée par ses explorations colorées une attente de l'inattendu qui l'oblige toile après toile à renier ses propres visuels pour ne pas en tirer un alphabet plastique, un processus répétitif d'enfantement de monstres, d'univers déchirés, de comètes en perdition...
Je vous invite donc à nouveau à vous laisser envahir par ces sensations colorées, infondées dans le temps et l'espace cartésien. Guénin ne nous explique pas l'univers, il nous révèle sa parenté avec le chaos par des effets nécessairement hasardeux, par son refus des métaphores, des symboles, des allégories, par la seule exaltation du métonymique, c'est-à-dire ici, de l'indéfinissable, de l'insensé et donc de l'indécryptable. Si l'ordre règne dans le probable, Guénin nous demande d'envisager la part improbable du réel. Et nous voilà donc à attendre qu'il surprenne nos conformismes, traditionnels ou avant-gardistes, avec ses fragmentations, ses fusions, ses désintégrations, ses jaillissements, ses ruptures...


PEINTURES 2011 SERIE : COSMOGRAPHIES NEGATIVES / TEXTE PH. GUENIN
Une auto-description.

Ces images picturales "cosmographies négatives", que disent-elles ?
D’emblée, elles peuvent comme évoquer des références spécifiques au cosmos.
Certaines seraient images de macro-cosme par cette sensation de spatialité qu’elles produisent quand sont figurés des matières aériennes ou des corps célestes souvent informes baignant dans l’espace. D’autres seraient celles d’un micro-cosme par l’effet d’agglutination et de condensation effervescente des formes représentées. Que l’on se place ainsi à l’échelle de l’infiniment grand ou petit, ces peintures-là pourraient être qualifiées d’images rêvées d’univers. Cependant cet imaginaire ici à l’œuvre ne donnerait lieu à aucune ode ou louange – qu’elle soit théiste ou panthéiste – d’un Ordre cosmique.
Quand nous parcourons ces peintures, on peut constater que ces jaillissements de formes et de couleurs échappent le plus souvent à toute unification dans un agencement d’ensemble pour leur conférer équilibre et harmonie. Ici, pas de beauté architecturale déterminée dans ces univers imagés, aucune cosmétique – ce dernier terme renvoyant précisément à l’étymologie de Kosmos en grec qui désigne les parures, les arrangements harmonieux, les configurations aux traits réguliers…
Alors qu’entendre face à de tels tableaux ? Peut-être ce cri remarquable de John Donne dans son poème "Anatomie du monde" (1611) : "It’s all in pieces, all coherence gone".
Car «tout est en pièces » dans ces espaces-là, tout apparaît en éclats dans des jeux de mouvements dés-ordonnés ; et cette dissémination sur la toile ne semble en général rien trouver qui l’arrête et la transcende par des lignes communes ou par des fonds unifiants.
Chacun de ces espaces de désordre pourraient ainsi représenter un a-cosmos.
Une série d’images a-cosmiques où il n'y a rien de substantiel à quoi se raccrocher pour quelque visée narcissique qui rechercherait du réconfort dans des formes homogènes et harmonieuses. Et comme l’indique le titre de la série, ces "cosmo-graphies" sont "négatives", car ces peintures sont telles les graphies imaginaires d’un a-cosmos (négation de ses attributs majeurs) n’ayant donc rien de lénifiant mais qui pourra être catalyseur d’affects et de pensées pour les regardants.


PEINTURES 2011 Série : COSMOGRAPHIES NEGATIVES / TEXTE D’YVON BIRSTER
L’éloignement

Le besoin de prendre du recul pour retrouver ou redonner du sens à la vie quotidienne prend les formes les plus diverses. Entre les voyages intérieurs ou dans le monde, la profusion de possibles semble immense. Les voyagistes de l’âme et du corps ont encore de belles illusions à vendre. Il n’empêche que les destinations se font de plus en plus rares et décevantes. Où sont les visions dantesques, les vertiges cartésiens, les angoisses pascaliennes de notre temps ? Qui se pâme de voir le big-bang sur Internet ? Qui n’est pas las de voyager pour rencontrer d’autres gens et de découvrir qu’ils veulent être ou avoir ce que nous avions ou ce que nous étions, avant de tout gaspiller ? C’est là que se trouve tout l’intérêt d’une œuvre comme celle de Philippe Guénin : vous croyez avoir tout vu depuis Lascaux jusqu’au dernier produit du marketing artistique contemporain ? Eh bien non, si vous ignorez cet univers cosmique vivant, grouillant, organique et symétrique à la fois, attirant et répugnant que Guénin construit année après année où des planètes se perdent au milieu de monstres protéiformes, où des mondes parallèles obéissent à des systèmes qui s’ignorent… Ici pas de représentations humaines, de paysages terrestres, de vaisseaux spatiaux, tout ce qui est anthropomorphique y est étranger. Pas de nombrilisme, d’empathie larmoyante, d’escroquerie sentimentale… Des couleurs, un graphisme, des conflits, du temps avec sa durée perceptible, concrète, des menaces, pas de promesses. C’est un univers artistique du 21ème siècle. Pas de rêves, des ouvertures, pas d’idées, des vertiges, pas de mort, de l’effervescence.
(Galerie la Rotonde, Paris 2011)

PEINTURES 2010 Série : Sauver les Phénomènes? / TEXTE YVON BIRSTER 

Philippe Guénin, l’assomption du chaos
Poète, Philippe Guénin échappe à l’écueil intellectualiste par son engagement en arts plastiques. Sur des supports en verre ou sur châssis, les compositions de Philippe Guénin confinent à la monochromie ou privilégient une couleur dominante. Elles rassemblent des fragments, des éclats cosmiques ou de sombres débris terrestres. De subtiles volutes aériennes parfois se retrouvent piégées derrière des barreaux peints à gros traits, noirs ou rouges.
Les compositions de Philippe Guénin établissent un rapport original entre l’harmonie et le chaos. Si nous schématisons ce rapport, nous voyons que les peintres dits classiques, concevaient l’ordre comme un projet, une volonté toujours menacée par la violence de la nature ; chez eux une harmonie fragile et passagère se conquiert sur des forces naturelles immuables. Dans une toile de Poussin par exemple, une apparence d’ordre cohabite avec une permanente menace de forces destructives.
Les Romantiques célébrèrent un rapport inversé ou la violence devint fatale, nécessairement bénéfique. Le vingtième siècle attendit beaucoup du hasard, du rêve, d’un au-delà immanent, des utopies qui devaient (ou auraient du) faire contrepoids aux violences sociales et politiques.
Chez Guénin, la partition de l’espace se fait dans le plan ou dans la profondeur, afin de révéler les antagonismes dans les couleurs, les formes courbes ou droites. Si le chaos se manifeste, ce n’est ni comme providence, ni comme fatalité, mais comme une réalité cosmique. L’univers qui rend caduque l’archaïque opposition du ciel et de la terre, continue de froisser
la susceptibilité d’humains dont la vanité parle plus haut et plus fort que l’intelligence. Les compositions de Guénin créent des espaces denses et le plus souvent structurés, dans lesquels le chaos revendiqué, assumé, est à la fois sensible et intelligible.

Yvon Birster ( Galerie La Rotonde, Paris 2010)

EN REGARD SUR PHILIPPE GUENIN / POEMES D'ALAIN MARC (2010)

I

Oscill
ations
formes
chao
tiques

app
arition

d'éléments géomé
triques

parfois la géo
métrie
prend le de
ssus

           rubans de mé
           tal fourche per
           sonnage

                        épur
                        ation
                        formes qui se dégagent

          cercle
          noir
          et é
          clipse

tout
noir

                     chaos et cos
                     mos

         contem
         platif

        beauté apaisée
        et con
        vulsive

        visage auto
        portrait
        d'éléments disparates

       dans les é
       nergies

       le 
       cercle


II.

Qui
sommes-nous?

               cosmos
               univers-neutrons

tout
strié

prim
itif

le liquide s'épand

formes organiques
dans le ciel bleu


boules
en suspension

C'est un soleil

Qui éclate!

nervures

le masque
revient
(revient toujours)

bouche 
ligotée devant tant

de vide

ronds et spi
rales

taches
indéterminées

le ressort
enferme
les parties
de droite et de gauche

explo
sion

l'instant
zéro

et l'homme
parle

bouche
bée


EN REGARD SUR PHILIPPE GUENIN / POEMES D'ALAIN MARC (2011) 

DEUXIEME EXPOSITION

I.

Fils cosmiques

Couleurs

Formes in
formes

Beautés de la couleur

le Flux
reflue

Tour
billons

Ronds et tri
angles

          Mais qu'est-ce
          que la matière?

Du vide

          le Cos
          mos
          remplit

Inter
rogations

L'oeil
épie

Amas de bleu
coa
gulé

Quelques formes
apparaissent pourtant

Croix traits
fi
gures

Dua
lité de l'humain
et de l'u
nivers

Toujours concentriques

           Règne
           de l'informe et de 
           la forme

TOUJOURS NAISSANTE


II.

Rien
Il n'y a Rien
à voir
Seulement à re
ssentir

Rien
Il n'y à Rien
à voir 
d'autre
que le vide Si
déral

         Le vide
         est matière

         Matière du vide

Ja
illissement

du bleu du rouge du jaune

La couleur
est déjà interprétation

EXPLOSION
de la Couleur

III.

Nuages méta
llisés

vapori
sations argen
tées

la flêche
transperce

taches
cellules du vi
vant

l'oeil
toujours nous re
garde

         Rencontre
         de l'oeil et de l'uni
         vers
         du cercle et du cellu
         laire
         de la forme
         et de l'in
         forme